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THE BABY GRAND PIANO - 2004 - 2007

Pour les sept octaves d’un piano classique, comptez 88 touches (52 en ivoires et 36 en ébène), pour les sept octaves du Grand Piano comptez 88 pénis (52 blancs et 36 noirs). Il aura fallu deux ans à l’artiste New Yorkaise Cynthia Karalla pour parvenir à mettre en musique l’oeuvre qu’elle présente aujourd’hui.

Montage photographique composé d’une sélection de 88 images de pénis au repos, sélectionnés parmi plus de 20 000 clichés réalisés lors de prises de vues en Italie et à New York, le Grand Piano propose d’apporter de l’harmonie à la représentation personnelle et culturelle que nous nous faisons du sexe masculin.

La mise en musique de Cynthia Karalla nous aide à accorder réalité et fantasmes tout en nous confrontant aux méandres d’un tabou tenace de nos sociétés pourtant supposées libérées : le pénis. Parfois considéré laid, sommé de rester discret, de ne pas se montrer, de ne pas se laisser trop facilement toucher, le pénis n’anime que rarement les conversations de salon. Le Grand Piano nous convie donc aujourd’hui à réévaluer notre rapport à cette partie, cachée mais omniprésente, de l’anatomie masculine.

Dès l’amont des prises de vues, l’entreprise était déjà à l’oeuvre pour les 88 modèles ayant prêté leur concours et pour tous ceux qui ont préféré décliner l’offre de l’artiste. Intéressant, surtout, de noter que les femmes, tant en Italie qu’aux Etats-Unis se sont révélées des alliées de choix. Sans le concours de nombreuses épouses, fiancées, petites amies ou simples amies, de nombreuses prises de vues n’auraient pu aboutir.
Le Grand Piano nous demande d’affronter nos dispositions non seulement personnelles mais aussi culturelles vis à vis du pénis. Exempts d’identité et de classe sociale, les 88 éléments qui composent ce piano ne se différencient que par leur aspect objectif et leur réalité primitive ou altérée par l’intervention sur la chair (circoncision, piercing). Américains citadins, ruraux du Sud de l’Italie…la composition défie celui qui la regarde de trouver l’origine de chaque pièce qui la compose.

Au-delà encore, le travail de l’artiste lève un coin du rideau qui nous maintient à distance de la véritable connaissance du fruit défendu. Il défie celui qui passe de faire l’expérience d’un moment unique de transgression : une image tabou présentée dans un contexte tout à fait neuf.

"En tant qu’artiste, j’affronte en permanence les barrières que la culture nous impose. J’essaie d’imaginer ce qu’il adviendrait si ces barrières venaient à être définitivement levées. Le Grand Piano est le résultat de cette réflexion, à travers laquelle je vise à créer une communauté de transgression"

Depuis plusieurs années, Cynthia Karalla partage son temps entre le décor hyper-urbain de New York et la ruralité brute de Basilicata, en Italie du Sud. Dans un endroit comme dans l’autre, l’artiste fait en sorte de toujours mettre les habitants à contribution afin de permettre à ses projets de prendre vie et relief au-delà de la démarche artistique qui les a initiés. Dans son travail, la très catholique Italie fait corps avec son contraire, New York la ville des excès ; ses réalisations tissent des liens entre les deux communautés et invitent chacun des participants à réexaminer son système de valeurs, son éducation et son unicité dans le tout.

 

-Translation by Nathalie Bru